
Ricochet, un beau titre, à l’image du premier texte puissant de Lénaïc Brulé : ou comment un drame en fait surgir un autre, en rebond. Claire perd son fils Sacha, et au travers de ce deuil impossible, une autre douleur fait surface, tranchante, interdite : le regret d’avoir été mère. Lénaïc Brulé soulève une question éminemment taboue qui renverse nos perceptions de la maternité. Au travers de 19 moments de la vie de Claire, 19 éclats d’une mémoire fragmentée, c’est aussi le processus d’un deuil où la vie défile à rebours, que l’on observe. Le spectacle explore avec une grande humanité l’ambivalence d’être mère. Dans un espace épuré où chaque signe compte, les comédien·nes incarnent des personnages en pleine tragédie. Le récit est pensé comme un tribunal : on assiste au procès que la société fait à une femme, ce qu’elle serait censée être ou ressentir. Lénaïc Brulé envisage le théâtre comme un espace qui ouvre des conversations, des nouvelles voies. Menant un travail dans la durée en milieu associatif, ayant à cœur de porter la voix de personnes invisibilisées, principalement des femmes, Ricochet est une magnifique réponse artistique à son engagement. La fragmentation du texte, son tranchant, se confrontent à la tendresse de regard de la mise en scène et nous saisissent.